Nathalie Baye, la petite soeur de Zouc



Elle arrive, ponctuelle, trois fois rien de maquillage sur la peau, une paire de lunettes sur le bout du nez, sans apprêt, mais la taille pincée par un joli manteau qui souligne une silhouette fine de ballerine. Nathalie Baye, simple et sans chichi, ne laisse rien au hasard, à l'image d'une carrière où si le cinéma se taille la part du lion, le théâtre oppose quelque belle résistance avec cette nouvelle proposition : Zouc par Zouc d'Hervé Guibert, mis en scène par Gilles Cohen. Une envie de théâtre qui ne l'a jamais quittée. «Au Conservatoire, j'étais programmée pour jouer sur scène. Avec mes copains Villeret, Balmer, on ne pensait qu'à ça.» [...]

Points communs

Du texte de Guibert qui évoque des souvenirs de l'humoriste Zouc, racontés un après-midi, elle aime le côté «lumineux». «À aucun moment je ne joue à être Zouc. J'ai envie de dire ce texte car, malgré tout ce qu'on peut penser, entre Zouc et moi, il y a des points d'ancrage. Il ne faut pas se fier aux apparences.» Il est vrai que physiquement Baye et Zouc sont on ne peut plus dissemblables. «Mais ce que Zouc raconte de son enfance, de sa difficulté à aimer l'école, de son désarroi devant les adultes, tout cela m'a rappelé des souvenirs. Sa façon de regarder les autres, sans jugement, c'est, par ailleurs, ce que fait un acteur pour jouer. Alors oui, j'ai le sentiment que nous avons des points communs.»



Se connaissent-elles ? «Nous nous sommes vues. Affaiblie par la maladie, elle a cessé de jouer. Mais je pense qu'elle pourrait tout jouer. Les acteurs savent se flairer entre eux. Elle serait une extraordinaire Zerbinette par exemple, elle a un tel rire.» Oui, Nathalie Baye est tombée sous le charme de cette grande dame née en Suisse, alors, quand il a fallu créer le spectacle au Théâtre du Vidy à Lausanne, elle s'est fait tirer l'oreille. «Au départ, j'ai refusé de jouer un spectacle consacré à Zouc en Suisse. J'avais l'impression de ne pas être à ma place, car Zouc est chez elle un monstre sacré. Mais René Gonzalès, le directeur du théâtre, m'a retournée comme une crêpe grâce à des arguments intelligents.» Et puis le Théâtre du Vidy qui coproduit le spectacle méritait bien quelque sympathie. Nathalie Baye sait être pragmatique, d'autant plus qu'il est toujours rassurant pour un acteur de jouer un peu avant d'aborder Paris. «J'aimerais que le spectateur reçoive ce texte comme je l'ai découvert, répétition après répétition. Il m'a ému, passionné. J'espère qu'on va l'adorer.» Dernier motif de satisfaction, elle joue à un horaire plaisant, celui de 18 h 30. «Le public a sa journée derrière lui et sa soirée devant. C'est la meilleure des parenthèses.»

Elle entend bien profiter de ses soirées pour aller au théâtre. Et elle demande votre avis, curieuse, attentive, fine mouche. [...] Diserte, par professionnalisme, mais pudique. Et Nathalie Baye, la discrète, s'éloigne sur la pointe des pieds.

Marion Thébaud, "Le Figaro", 15 septembre 2007.

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