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Eric Neirynck est écrivain, chroniqueur et membre du jury Prix littéraire du Savoir et de la Recherche. Il a dernièrement publié Facebook, mon amour! (2012) Son prochain livre Fratrie Fatale sortira en mars 2013 chez Mots ouverts éditions.


1) Selon-vous, quelle importance l'oeuvre d'Hervé Guibert occupe-t-elle dans le champ littéraire (et photographique) des 30 dernières années ?

Sans aucune hésitation, pour moi, elle occupe une place à part dans le monde en général. On ne peut qu'être touché par l'œuvre de Guibert. Oui l'œuvre car il s'agit bien de cela. Dans cinquante, dans cent ans on étudiera encore les écrits et les images qu'il nous a laissés. Je suis persuadé que personne à ce jour n'a encore pris conscience de l'importance majeure du passage d'Hervé Guibert dans l'histoire de la fin du vingtième siècle. La pudeur ou l'impudeur est une véritable claque, du moins c'est comme cela que je l'ai vécu la première fois que je l'ai vu. Tant de beauté dans le récit d’une mort lente, douloureuse, mais certaine. Une forme de contrôle incontrôlable de sa propre vie.

Par certains aspects on pourrait faire un parallèle qui sera peut-être considéré par certains comme facile, provocateur et polémiste entre Dustan et Guibert.

Bien qu'éloignés littérairement ils sont devenus par la force des choses des "spécialistes" de la mise en scène de leurs vies, de leurs déchéances physique et morale. Tous deux dans un besoin criant, hurlant de raconter la souffrance et l'insupportable dans un mélange de récit et d'autofiction.

2) En quoi la lecture des textes d'Hervé Guibert a-t-elle une influence dans votre propre travail d'écriture ?

J'adore cette phrase de Guibert lorsqu'il parle de "l'écriture de l'intolérable qui permet l'oubli". Mon style est sans doute moins direct, moins tranchant. J'essaye toujours de glisser une part d'humour dans ce que j'écris. Mais l'humour n'est-il pas aussi une façon de fuir l'intolérable de la vie. J’aime ce qui est vrai, même si c’est cruel et difficile à entendre. J’aime aussi détester la vie alors que j’en ai tellement besoin.

3) Hervé Guibert déclarait avoir ce qu'il appelait des "frères d'écriture" dont le travail "irradiait ... comme une transfusion" ses propres textes... Le considérez-vous, à votre tour, comme "un frère d'écriture" ?

Pas un frère, je serais bien trop prétentieux. Non plutôt comme une guide lointain mais toujours présent. Je ne peux m'empêcher de me replonger dans Fou de Vincent ou Le protocole compassionnel qui sont des repères lorsque j'ai besoin de m'enfoncer un peu plus dans mes propres profondeurs, sombres, rudes, tristes mais vraies.

J’aime aussi l’amour fou et sans limites. Amour qui paradoxalement l’a tué et qui quoi qu’on en dise nous tue tous à petit feu les uns après les autres.

Eric Neirynck

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