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Les Lubies d'Arthur (1983)

 

Paris, Minuit, 1983.

 

Présentation :

« Arthur a dans la poche une fronde. Il tue les petits oiseaux. Puis il essaie de les faire voler de nouveau. Ou il les vend au taxidermiste. Avec lui, il a Bichon, ‘un acolyte d’une tendresse désastreuse’. Bichon est orphelin, même sa grand-mère est morte, ce qui n’est pas bien grave parce que ‘ce n’était pas une vraie grand-mère, mais une bonne femme’ ; de surcroît, il est sourd-muet, enclin aux cauchemars et aux grossesses intempestives. Arthur à l’apparence d’une grande personne et le sens des responsabilités. C’est lui qui décide, qui met Bichon à l’école, puis l’en retire. Lui qui dit, quand Bichon tombe enceint, ‘cette fois on le garde, on se dépatouillera.’»

Geneviève Brisac, « Les petits magiciens d’Hervé Guibert », Le Monde, 9 décembre 1983.


Hervé Guibert à propos des Lubies d’Arthur :

«Ce livre est parti de rien : d’une absence d’aventure, d’écriture. C’était en septembre 82. Je n’avais rien écrit depuis avril : un scénario l’été, mais un scénario n’est relativement pas de l’écriture, et j’avais entrepris un roman qui avait tourné court. J’avais perdu le personnage de mon dernier livre, l’enfant de Voyage avec deux enfants. Il avait disparu un soir, il m’avait tanné pour que je lui donne Les Chiens, j’avais refusé, puis j’avais cédé. Il avait coupé les pages du livre avec son canif dans le dernier métro, et il avait récupéré son vélo, il avait lu les vingt pages de gros caractères en traversant Paris sur sa bicyclette, la nuit. Je ne l’avais pas revu : un livre que je n’avais pas osé couper moi-même me faisait perdre le personnage du livre suivant...
[...] Je devais partir quelques jours à Bastia : j’emportai Les aventures d’Arthur Gordon Pym, qui était le seul texte de Poe que ma frayeur m’avait empêché de lire quand j’étais adolescent. Et ce livre me redonna, en bloc, le sentiment de l’aventure. J’avais sans le savoir encore tout à fait un nouveau personnage, il s’appelait Arthur. »

Hervé Guibert, « L’Ours », in La Piqûre d’amour et autres textes suivi de La Chair fraîche, Paris, Gallimard, 1994, pp.139-140.

Extrait :

« Pendant quarante-deux jours (Bichon tenait son journal de bord), à l’aveuglette ils louvoyèrent, chassèrent sur leurs ancres, enjambèrent longitudes et parallèles. A l’aube du quarante-troisième jour ils furent réveillés par un grand choc : le bateau heurtait une masse solide, ils sortirent de la cabine et se retrouvèrent pris dans une citadelle de glace, une forteresse immense, avec ses tours, ses degrés, ses escaliers, et sans âme qui vive, car la glace avait emprisonné un esprit qui cherchait à s’enfuir et qui gémissait dans le noyau du froid, ils percevaient bien le soupir mais l’attribuaient à un grincement des glaces, comme au pilotis d’une fondation. Le soleil se leva et fit fondre les murailles en trois rayons, ils s’échappèrent en même temps que l’esprit captif. »

Hervé Guibert, Les Lubies d’Arthur, Paris, Minuit, 1983, pp.45-46.

 

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