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Zouc par Zouc : Nathalie Baye, la petite soeur de Zouc

 

Extraits du compte rendu de Marion Thébaud, Le Figaro, 15 septembre 2007.


Nathalie Baye, la petite soeur de Zouc

ELLE ARRIVE, ponctuelle, trois fois rien de maquillage sur la peau, une paire de lunettes sur le bout du nez, sans apprêt, mais la taille pincée par un joli manteau qui souligne une silhouette fine de ballerine. Nathalie Baye, simple et sans chichi, ne laisse rien au hasard, à l'image d'une carrière où si le cinéma se taille la part du lion, le théâtre oppose quelque belle résistance avec cette nouvelle proposition : Zouc par Zouc d'Hervé Guibert, mis en scène par Gilles Cohen. Une envie de théâtre qui ne l'a jamais quittée. «Au Conservatoire, j'étais programmée pour jouer sur scène. Avec mes copains Villeret, Balmer, on ne pensait qu'à ça.» Mais Truffaut passe par là, rafle d'abord André Dussollier pour Une belle fille comme moi, puis engage Nathalie pour La Nuit américaine.

Elle avait 24 ans, des jambes de faon et un souvenir radieux. Elle les a conservés. Depuis, sa filmographie s'est considérablement enrichie. Fin octobre, elle sera également sur les écrans dans La Californie, film de Jacques Fieschi tiré d'un roman de Simenon, et dans un éclat de rire elle avoue : «Je viens de tourner six films en deux ans.» Et même si elle rectifie très vite – «dans certains, je fais juste une participation, deux jours de tournage» –, on la sent heureuse, un rien fière. Il y a de quoi. Elles ne sont pas nombreuses les actrices qui, passée la cinquantaine, enchaînent les tournages. Elle sait choisir et prendre des risques comme celui de jouer un commandant de la police judiciaire, ex-alcoolique, dans Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois qui lui valut un césar. Le quatrième après La Balance de Bob Swaim, Sauve qui peut la vie de Godard, Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre.

Six films en deux ans alors qu'elle n'a joué que six pièces en trente ans de carrière. Un décalage qui en dit long sur la force de frappe du cinéma par rapport à la scène. Six choix inégaux d'où ressortent Les Trois Soeurs de Tchekhov qu'elle interpréta en 1978 au Théâtre de la Ville, sous la direction de Lucian Pintilie, et Adriana Monti de Natali Ginzburg. De La Parisienne d'Henry Becque, jouée il y a dix ans au Théâtre de l'Atelier, elle reconnaît son erreur. «C'était un joli rôle il y a trente ou quarante ans mais à notre époque cette écriture qui m'avait séduite ne trouve pas d'écho.»

Points communs

Du texte de Guibert qui évoque des souvenirs de l'humoriste Zouc, racontés un après-midi, elle aime le côté «lumineux». «À aucun moment je ne joue à être Zouc. J'ai envie de dire ce texte car, malgré tout ce qu'on peut penser, entre Zouc et moi, il y a des points d'ancrage. Il ne faut pas se fier aux apparences.» Il est vrai que physiquement Baye et Zouc sont on ne peut plus dissemblables. «Mais ce que Zouc raconte de son enfance, de sa difficulté à aimer l'école, de son désarroi devant les adultes, tout cela m'a rappelé des souvenirs. Sa façon de regarder les autres, sans jugement, c'est, par ailleurs, ce que fait un acteur pour jouer. Alors oui, j'ai le sentiment que nous avons des points communs.»

Se connaissent-elles ? «Nous nous sommes vues. Affaiblie par la maladie, elle a cessé de jouer. Mais je pense qu'elle pourrait tout jouer. Les acteurs savent se flairer entre eux. Elle serait une extraordinaire Zerbinette par exemple, elle a un tel rire.» Oui, Nathalie Baye est tombée sous le charme de cette grande dame née en Suisse, alors, quand il a fallu créer le spectacle au Théâtre du Vidy à Lausanne, elle s'est fait tirer l'oreille. «Au départ, j'ai refusé de jouer un spectacle consacré à Zouc en Suisse. J'avais l'impression de ne pas être à ma place, car Zouc est chez elle un monstre sacré. Mais René Gonzalès, le directeur du théâtre, m'a retournée comme une crêpe grâce à des arguments intelligents.» Et puis le Théâtre du Vidy qui coproduit le spectacle méritait bien quelque sympathie. Nathalie Baye sait être pragmatique, d'autant plus qu'il est toujours rassurant pour un acteur de jouer un peu avant d'aborder Paris. «J'aimerais que le spectateur reçoive ce texte comme je l'ai découvert, répétition après répétition. Il m'a ému, passionné. J'espère qu'on va l'adorer.» Dernier motif de satisfaction, elle joue à un horaire plaisant, celui de 18 h 30. «Le public a sa journée derrière lui et sa soirée devant. C'est la meilleure des parenthèses.»

Elle entend bien profiter de ses soirées pour aller au théâtre. Et elle demande votre avis, curieuse, attentive, fine mouche. Mais secrète, elle ne dira pas que sa fille Laura Smet marche sur ses traces et jouera en janvier prochain sa première pièce, Irrésistible de Fabrice Roger Lacan, au Théâtre Hébertot. Rien de tapageur, d'extraverti. Diserte, par professionnalisme, mais pudique. Et Nathalie Baye, la discrète, s'éloigne sur la pointe des pieds.

Théâtre du Rond-Point, salle Jean-Tardieu, 18 h 30. Tél. : 01 44 95 98 21.

 

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