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Mathieu Simonet

 

Mathieu Simonet est écrivain et avocat. Il est l'auteur des Carnets blancs, 2010 et de La Maternité, 2012, publiés au Seuil. Il a aussi publié Les corps fermés (Emoticourt, 2012) et Marc Beltra : roman autour d'une disparition (Omniscience, 2013). Il a participé au numéro spécial Hervé Guibert de La Revue littéraire publiée chez Léo Scheer en décembre 2011.

Son projet est d’organiser des « autobiographies collectives », dans lesquelles il mêle des fragments de sa vie intime et de celle des autres (il pousse les autres à écrire, à témoigner sur des sujets qui le touchent ; il essaye ensuite de trouver une unité à tous ces fragments, sous la forme d’un « collage littéraire »).

Selon-vous, quelle importance l'œuvre d'Hervé Guibert occupe-t-elle dans le champ littéraire (et photographique) des 30 dernières années ?

Je ne suis pas un intellectuel. Je ne suis pas un spécialiste de la littérature. Mes propos sont donc à prendre avec des pincettes. L’influence d’Hervé Guibert sur les trente dernières années, dans la photographie et la littérature, c’est s’interroger sur le rôle de Guibert entre 1983 et 2013. A quoi ressemblaient les écrivains, les photographes en 83 ? Je n’en sais rien. Alors je peux simplement l’imaginer. Dans mon imaginaire, Guibert a inventé l’écriture au scalpel. C’est la dentelle dans ce qu’il y a de plus cru. L’élégance de la cruauté. A l’époque, j’avais dix ans, bientôt onze. Je découvrais Barbara. Guibert représente pour moi l’apogée des éditions de Minuit. Je ne suis pas objectif. Ses photos me semblaient, je crois, moins intéressantes que son écriture. Je dis cela sans rien savoir. Je me jette à l’eau. On me demande mon avis. Je le donne. Je ne suis pas un journaliste. Je le répète assez. Je suis un écrivain dans un avion entre Lisbonne et Paris. Sur ma droite, une femme qui ressemble à un travelo, s’est endormie, le visage sur sa tablette, une veste sur le visage. Elle dégage un potentiel sexuel particulier. Qui me dérange et m’émeut. Je crois que les photographies d’Hervé Guibert sont moins intéressantes que son écriture. Qu’elles innovent moins. Et pourtant, je n’arrive pas à les dissocier. Guibert est un personnage, sur les trente dernières années, qui a toujours trente ans. Dont la photographie et l’écriture veillent sur nous (les écrivains et les trans) comme un spectre.

En quoi la lecture des textes de Guibert a-t-elle une influence sur votre propre travail d'écriture ?

Est-ce que Guibert m’a influencé ? Oui. De manière viscérale. Sur un malentendu. J’ai longtemps cru que Guibert ne mentait pas. Que tout ce qu’il avait écrit était vrai. Et je n’avais jamais pensé qu’il trahissait certains de ses amis. Entrer dans l’univers de Guibert était pour moi la volupté première. La trahison n’y avait pas sa place. Guibert m’a appris à écrire « merde », « gode ». Il m’a appris à aimer ce qui est sale. Et à comprendre que ce n’est pas sale. Il m’a donné les clefs, religieuses, pour appréhender le monde. Je suis devenu fou, prophète, musicien. Je suis entré en religion grâce à ses livres. Je suis devenu hystérique, hermétique, dans un royaume d’encre. J’entends des voix. Tout cela pourrait être un texte. Des métaphores. Mais tout cela est vrai. Cru. J’ai voulu me rapprocher de lui (de Christine Guibert, de Sophie Calle ; je n’y suis pas tout à fait parvenu : Sophie Calle m’a adressé trois lignes que j’ai perdues, Christine Guibert m’a accordé un entretien qui m’a bousculé).

Guibert déclarait avoir ce qu'il appelait des "frères d'écriture" dont le travail "irradiait [...] comme une transfusion" ses propres textes... Le considérez-vous, à votre tour, comme "un frère d'écriture" ?

Hervé Guibert est-il un frère d’écriture ? Je ne crois pas. Ce n’est ni un père, ni un frère (pas même un grand). Je n’écrirai jamais comme Guibert. Je n’en ai pas l’élégance. J’écris comme un enfant de quatre ans (de 14 ans ? de 24 ans ?). Lui écrivait, depuis l’enfance, comme un adulte. Nous ne sommes pas frères. Je suis trop vieux. Trop jeune. Mes frères d’écriture s’appellent Arthur Dreyfus, Nicolas Clément, Olivier Steiner, Clément Bénèch, Olivier Bouillère. Avoir un frère, c’est un mélange d’écriture, de rencontres (réelles), d’admiration, de pudeur. Hervé Guibert fait partie de la nourriture que je mange. Du tapis sur lequel je dors. Hervé Guibert est une médaille que je ne porte pas. Que je sens près de moi. Partout. C’est une voix qui me réveille. Une voix lointaine.

Mathieu Simonet

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